Déportations de civils by admin

Des carriers condamnés en 1915

Dans le quartier Saint Roch, les ouvriers carriers sont nombreux. En 1914, environ 5000 ouvriers travaillent dans les carrières, soit une personne sur deux. L’invasion de la Belgique entraîne l’arrêt du travail dans les carrières. Durant l’occupation les Allemands vont vouloir relancer l’activité.

Des ouvriers carriers dans une carrière de Lessines (Archives Achille Lauwers)

Des ouvriers carriers dans une carrière de Lessines (Archives Achille Lauwers)

Les entreprises sous séquestre

Au début du XXe siècle, la ville connaît une prospérité économique avec l’exploitation des 9 sites des carrières de porphyre (Tacquenier, Cosyns, Notté, Brassart, Willocq, Orman, Mont-plon, St Roch, Des Sarts), ses moulins, sa grande malterie Notté, ses brasseries, mais aussi l’industrie des allumettes (de Balthazar Mertens).

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Carrières Tacquenier, Lessines, 1907 (Editeur Van Cromphout-Dewèze)

Fin 1914, avec les débuts de l’occupation, l’administration civile allemande installe progressivement un régime d’exploitation méthodique de toutes les ressources du pays.

Par arrêté du 26 nov 14, des commissaires sont désignés pour surveiller les entreprises appartenant à des nationaux de pays en guerre avec l’Allemagne. Par arrêté du 17 fév 15, ces entreprises sont soumises à un séquestre.

Au fur et à mesure des demandes du ministère de la guerre allemand, des ingénieurs allemands sont envoyés dans les usines belges pour y choisir les machines et les outils à enlever. C’est le cas aussi à Lessines où on retrouve, dès 1915 la présence d’ingénieurs allemands.

Au cours de la guerre, plusieurs entreprises sont mises sous séquestre à Lessines parmi lesquelles les sociétés d’exploitation des carrières, la fabrique d’allumettes, la Brasserie populaire. La grande malterie Notté est aussi réquisitionnée : l’occupant y placera les prisonniers russes, puis un magasin pour l’armée allemande.

Des convois de macadam en provenance des carrières sont envoyés par chemin de fer en direction de l’Allemagne (Berlin notamment) ou par bateau sur le front de l’Yser . Les carriers lessinois prétendent alors que ce macadam servirait à l’empierrement des chemins nécessaires à la retraite de l’armée allemande et serait aussi déversé dans le chenal d’Ostende et dans le canal de Zeebruge pour y former un barrage. Ainsi, lorsqu’en 1915 les ouvriers carriers de Lessines reçoivent une lettre leur proposant la reprise du travail dans les carrières en échange d’un bon salaire, ils refusent en bloc. Il est hors de question pour eux de travailler pour l’occupant. Maîtres carriers, contremaîtres et ouvriers sont alors casernés à la malterie Notté.

La résistance des carriers condamnée par un Tribunal militaire allemand

Le 1er octobre 1915, un Tribunal de guerre (installé dans l’Ecole Saint-Roch) les condamne pour insubordination à la sommation du séquestre. Les directeurs de carrières obtiennent les peines les plus lourdes. Le bourgmestre Adelin Lepoivre est aussi condamné. L’avocat des carriers plaide l’infraction à la Convention de La Haye :

« Les graviers des carrières sont destinés à la fabrication des tranchées ou à la construction de défense pour l’armée allemande. Il est normalement interdit d’utiliser des civils occupés pour l’effort de guerre ».

La sentence du Tribunal militaire allemand tombe rapidement. Pour décourager toute nouvelle résistance, la sentence est affichée dans la ville :

« Parce qu’ils n’ont pas repris le travail sur sommation du séquestre, le tribunal de guerre installé par l’occupant a condamné le 1e octobre 1915 :

Louis LENOIR, directeur des carrières – 5 ans de prison

Victor LEPOT, directeur des carrières – 1 an de prison

Emile LENOIR, directeur des carrières – 1 an de prison

Jules BRASSART, directeur des carrières– 1 an de prison

Louis van LANGENHOVE, directeur des carrières – 1 an de prison

Emile NOTTE , directeur des carrières– 1 an de prison

Adelin LEPOIVRE, bourgmestre de la ville – 4 mois de prison

6 contremaîtres – 6 mois de prison chacun

81 ouvriers – 8 semaines de prison chacun »

croix_tomberussePour relancer le travail dans les carrières, l’occupant engage alors des ouvriers de Flandre et du Borinage ainsi que des prisonniers russes. Cette main d’œuvre peu qualifiée ralentit le rendement. On retrouve de nombreux ouvriers originaires du Borinage et de Flandre qui ont séjourné à l’Hôpital Notre-Dame à la Rose suite à des blessures causées par le travail dans les carrières. Quant aux Russes, ils sont tellement maltraités, mal nourris que certains vont tenté de s’échapper du Cinéma Printemps où les Allemands les logeaient. C’est ainsi qu’ils vont finir par les enfermer à la Malterie.

Bibliographie


 

DENEYER (René) et LONGEVAL (Maurice), 1915-1916-1918 : Les déportations à Lessines, Lessines, éditeur M. Longeval, novembre 1986.

Archives communales de Lessines pendant la Première Guerre mondiale.

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