Fin de la guerre et mémoire by admin

Le 11 novembre 1918 à Lessines

Dès l’été 1918, les alliés lancent de nombreux tracts pour démoraliser l’ennemi. L’espoir d’une victoire prochaine renaît. Le 3 novembre 1918, les troupes alliées passent l’Escaut, près d’Audenarde. La 6e armée allemande résiste. Plus pour longtemps…

Les soldats de la 6e armée allemande se replient sur la région d’Ath-Lessines et résistent jusque dans les derniers jours de la guerre. Ils s’emploient à détruire les gares et ponts de la région avant l’arrivée des alliés au moment où l’aviation anglaise bombarde la région.

Pendant ce temps, la résistante Gabrielle Richet, dans sa prison de Delitzsch, prend conscience de la révolution en marche en Allemagne :

« La dernière semaine, j’avais donc lu dans ces journaux le début de la révolution et (…) la mise en liberté par les révolutionnaires d’un certain nombre de prisonniers. Delitzsch, où nous étions, se trouve à quelques kilomètres de Leipzig, la grande ville universitaire et toute réjouie, je songeais que si la révolution pouvait gagner ce centre, nous avions beaucoup de chance d’être délivrées à notre tour».

Grève générale, manifestations, appel à la révolution par la Ligue Spartakus, révolte des matelots à Kiel, l’agitation se répand en Allemagne entre janvier et novembre 1918.

10 novembre, la révolution gagne Lepzig et Delitzsch. Gabrielle Richet nous décrit ce qui s’est passé ce jour-là :

 « A 5 heures du matin, les fusillers marins révolutionnaires escaladent brusquement les murs de la prison (…). La majorité des prisonnières affolées s’imaginant qu’on venait les fusiller, tombaient tour à tour en syncope ! Moi, je restais calme, un peu excitée par l’attente de l’événement heureux ! Tout à coup, les portes des dortoirs s’ouvrent ! C’étaient nos sauveurs ! »

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« Brigadier General Freyberg », peinture de Walter Armiger Bowring, VC, c.1920 (Archives de Nouvelle Zélande : http://warart.archives.govt.nz)

11 novembre 1918, les premiers cavaliers britanniques arrivent à Lessines à 10h30, sous le commandement du général Lord Freyberg. L’ordre a été donné de prendre d’assaut le pont sur la Dendre, avec le major W.F. Chappell, juste avant l’entrée en vigueur de l’armistice. 140 hommes du Black Horse, un régiment d’élite de l’escadron des 7e Dragons attaquent à 10 km de la ville. A 2 km, ils sont pris sous le tir de mitrailleuses. Ils entrent par la Porte d’Ogy pour dévaler la Grand-Rue. Ils parviennent à sauver le pont de pierre de la destruction. Ce fut la dernière bataille de la guerre 1914-1918 ainsi que la dernière charge de cavalerie effectuée par l’armée britannique en Europe. On raconte qu’un soldat allemand a abattu un cheval. Rapidement dépecé par un boucher local, il a permis de nourrir les Lessinois en ce jour de fête.

Les troupes anglaises qui distribuent caramels et chocolats sont acclamées par la foule. Le commandant Chappell raconte dans son journal qu’il fut très difficile pour les Anglais de protéger les prisonniers allemands de la fureur des Lessinois. Un soldat allemand est hospitalisé à l’Hôpital Notre Dame à la Rose. Cette dernière charge de cavalerie ne fit pas de victimes. Pourtant, l’ancien cimetière abrite huit tombes de soldats britanniques décédés en 1918. Deux sont décédés de maladie, vraisemblablement de la grippe espagnole. Les six autres sont morts après l’armistice, noyés dans la Dendre à la suite de l’écroulement du pont qu’ils tentaient de déminer et de réparer. Lessines loge de nombreux soldats anglais jusque mars 1919.

Le général Freyberg, britannique originaire de Nouvelle-Zélande, gardera longtemps un attachement pour la ville de Lessines. Chaque 11 novembre, il ne manquera pas d’envoyer un télégramme de sympathie au bourgmestre.

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Télégramme envoyé par le général Freyberg au bourgmestre de Lessines, 11 novembre 1927 (Archives de la commune de Lessines)

 

190 Lessinois ne reviendront jamais du front, des prisons ou des camps allemands.

Les infrastructures industrielles, démontées par les Allemands, ne permettent pas de reprendre rapidement les activités économiques. La commune doit rembourser de nombreux emprunts contractés pendant la guerre. La soupe populaire continue à être organisée encore quelques mois.

La guerre a accéléré le changement de la société belge. Le roi Albert Ier a accordé le suffrage universel masculin. Les ouvriers des carrières bénéficient désormais d’une journée et demi de repos par semaine, de la journée de 8h ainsi que d’une augmentation de salaire.