Déportations de civils by Alexandra Leroy

L’opinion publique américaine face aux déportations

Traversons maintenant l’océan Atlantique pour nous rendre aux Etats-Unis.  Depuis le début de la Première Guerre mondiale, les Etats-Unis  sont restés neutres. Pourtant, en 1917, ils vont entrer dans le conflit aux côtés des pays de la Triple Entente. Saviez-vous que durant la Première Guerre Mondiale, la déportation des civils belges a ému l’opinion américaine ? Vous allez très vite comprendre l’influence que ces évènements ont eu sur la politique étrangère à cette époque.

En octobre 1916, la presse américaine consacre ses premiers articles aux déportations de travailleurs civils par l’occupant allemand. Au début, cela a provoqué relativement peu d’émotion parmi les citoyens mais les choses ont vite changé par la suite. A partir de mi-novembre 1916, des témoignages de déportés alarmants sont publiés presque tous les jours. Dans le New-York Times, par exemple, ils parlent même d’hommes réduits en esclavage pour faire référence aux déportés. Ils considèrent la déportation des civils belges en Allemagne comme une « Traite des Blancs » ce qui peut rappeler un autre épisode important de l’histoire américaine : la Traite des Noirs, soit l’esclavage des Africains en Amérique.

«Parties of men were being led to the slaves gang by their Burgomesters»

Les réactions publiques ont commencé à prendre une telle ampleur que Wilson, le président des Etats-Unis, proteste en faveur de ces hommes belges auprès du gouvernement impérial allemand le 29 novembre 1916.

Un mouvement anti-déportation est mis en place. Son but ? Lutter contre les déportations mais aussi amener les Etats-Unis à entrer en guerre contre l’Allemagne. Jusque-là, l’Amérique n’était donc pas intervenue dans cette guerre car elle voulait la paix. Des pétitions, des conférences ou encore des tournées de propagande contre les déportations et pour l’entrée en guerre des Etats-Unis dans le conflit ont lieu dans le pays.

Et oui, vous l’aurez deviné : la question belge a fait l’objet d’une récupération massive des Américains et a contribué à l’entrée en guerre des Etats-Unis. D’ailleurs, le mouvement anti-déportation a pris fin au moment de la rupture des liens entre Berlin et Washington, le 3 février 1917. Peu après, le 5 avril, les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne.

Quel impact ?

Toutes ses protestations ont abouti au décret impérial du 9 mars 1917. Ce décret stipulait que les déportations d’hommes belges étaient désormais interdites dans la zone du gouvernement général. Cette réforme est signée en mars mais les déportés ne rentrent en Belgique qu’à partir du mois de mai. Dans la pratique, les hommes avaient seulement droit à un congé de 15 jours. Ils étaient autorisés à revoir leur famille seulement si, avant leur départ, ils signaient un contrat de travail de 4 mois. Très peu de Belges sont revenus car ils persistaient dans leur attitude patriotique et refusaient l’offre des Allemands.

En plus, dans la zone des combats et la zone des étapes (qui recouvraient une partie de la Flandre Orientale et Occidentale et du Hainaut), l’occupant continua à convoquer des hommes pour les déporter, en particulier dans le nord de la France. En 1918, Lessines continuera donc à voir ses hommes déportés par l’occupant.

Bibliographie :

  • New-York-Times, 15 décembre 1916 ;
  • AMARA, La propagande belge pendant la Première Guerre Mondiale, pages n°181 à 191 ;
  • Albert HENRY, la déportation des ouvriers belges en Allemagne ;
  • René HENNING, Les déportations de civils belges en Allemagne et dans le Nord de la France, pages n°16 à 23.

Travail de Marion Baine, élève de 5e A.