Déportés civils

Des déportés lessinois, souvent restés dans l’anonymat ont eu un destin particulier pendant la 1re Guerre mondiale. Voici le parcours de quelques uns pour lesquels nous avons retrouvé la trace grâce aux témoignages qu’ils ont laissé. Une façon de leur rendre hommage à eux, et aux autres …

Jules Lepoivre

lepoivrejules« Déporté pour toujours à Niederochtenhausen »

Jules Lepoivre était un ouvrier lessinois qui travaillait aux carrières de porphyre en tant qu’épinceur. Il a été déporté le 6 novembre 1916 avec d’autres hommes de sa famille. Au moment de sa déportation, il était âgé de 32 ans. Il était marié à Eva, la sœur de Jules Brixy. A deux, ils ont eu trois filles : Louisa, Adeline et Lucienne. Il a séjourné dans le camp de Soltau puis dans le camp de Nieder Ochtenhausen. Malheureusement, Jules ne survivra pas à sa déportation. La malnutrition, le froid et les dures conditions de vie auront eu raison de lui. Il décède, emporté par la fièvre, le 12 février 1917 au camp de Nieder-Ochtenhausen.

Jules Brixy

 « Le beau-frère de Jules Lepoivre, déporté à Soltau, Niederochtenhausen et Münster »

Au moment de sa déportation, Jules Brixy est l’époux d’Hortense Lenoir et le père d’un petit garçon. Avant d’être déporté, il travaillait dans les carrières en tant que rocteur. Il est déporté en automne 1916, au côté de son beau-frère Jules Lepoivre, le mari de sa sœur, Eva Brixy. Il est emmené dans les camps de Soltau, de Niederochtenhausen, où il voit son beau-frère mourir, et ensuite de Münster, dans lequel il tombe de nombreuses fois malade. Le 11 mars 1917, il retourne à Lessines, il est dans un état pitoyable et ne pèse plus que 38 kg. Durant un an et demi, il sera en incapacité totale de travailler.

Henri Bertrand

henri bertrand « Ouvrier carrier déporté au camp de Marienburg dans l’actuelle Pologne »

Déporté le 6 novembre 1916 comme beaucoup pour Soltau, Henri sera envoyé à l’est de l’Allemagne, dans le camp de Marienburg (situé aujourd’hui en Pologne). L’hiver y sera particulièrement rude. Il a laissé un journal dans lequel il raconte comment les portions de nourriture ont été rationnées au fur et à mesure de la résistance des Lessinois face au travail forcé. En janvier 1917, chaque semaine est ponctuée par les décès et les enterre de ces amis lessinois qu’il appelle par leurs surnoms : « Ernest Toine », « Jef du Cuirassier », « Binamie », « Monsieur Jean », « Le Petit Cadet du Calvaire », « Tur Rédain, « Bazaine », « le Piqueur », « l’Aprusse », …

Jules Coléry

« Déporté de longue durée : en Allemagne en  1916 puis en France en 1917″

Sélectionné par les Allemands le 6 novembre 1916 comme beaucoup d’autres, Jules Coléry va être déporté pour Soltau, puis Marienburg. Grâce à son témoignage très précis, on découvre les conditions de vie difficiles à Marienburg et en particulier la prison forteresse destinée à faire céder les résistants et à ce qu’ils signent un contrat de travail volontaire. Le 19 juin 1917, il apprend avec plaisir le départ vers Soltau puis la Belgique grâce à l’arrêté allemand qui abolit le travail forcé des Belges en Allemagne. Sa joie sera de courte durée car le train prévu pour Lessines se dirige finalement vers Maubeuge et le nord de la France : Bachant puis Monthermé sur Meuse près de Charleville, où il sera incorporé au Z.A.B. n°20 afin de travailler dans les carrières pour y produire pierrailles et macadam pour l’occupant.

Cyrille Van Pevenage

« Frappé dans le dos avec une crosse de fusil »

Ouvrier carrier au chômage depuis le début de la guerre, il travaillait dans une ferme le matin et se cachait le reste du temps car il craignait d’être pris par les Allemands car il était en âge de faire son service militaire. Le 6 novembre 1916, il se rend à la convocation, n’osant pas continuer à se cacher, par peur de représailles et de prises d’otages si des carriers manquaient à l’appel. Il est déporté ce jour-là avec ses 3 frères. Cyrille a fréquenté Soltau et Nieder Ochtenhausen. Là-bas, il était toujours volontaire pour enterrer les morts car cela permettait de sortir du camp et de demander de la nourriture dans les maisons ou chiper un chou navet dans un champ. Un chou qui a failli le tuer, un jour où, en ayant ramassé un chou sur le bord de la route, il s’était fait surprendre par un gardien et frappé le dos avec une crosse de fusil. Comme beaucoup de déportés de ce camp, il finira à l’hôpital avec les jambes et les oreilles gelées.  Un de ses frères mourra en déportation.

Albert Halterman

« Déporté à la pentecôte 1918 sur le front français pour enterrer des cadavres de chevaux « 

Albert Halterman fut convoqué le 20 mai 1918 à l’abattoir de Lessines pour y être déporté dans le nord de la France, dans la région lilloise. Il découvre une région dévastée par la guerre avec des villages détruits et vides. A Ennetières et Radinghem, les gardiens allemands le forcent à nettoyer les fossés, à enterrer les cadavres des chevaux tués dans les combats et à réparer les routes. Malgré cette désolation qui l’entoure, il évoque dans son témoignage la franche camaraderie qui régnait entre les déportés au son de l’harmonica.

Léon Maison

« Déporté originaire de Bois-de-Lessines au talent de journaliste »

Jour après jour, Léon Maison nous décrit le travail, les repas, les réactions des déportés, des gardiens allemands, les courriers depuis le 6 novembre 1916 jusqu’au 3 avril 1917, date de son retour à Lessines. Il fréquente le camp de Soltau et celui de Nieder Ochtenhausen. Dans son journal, on y découvre comment des Lessinois sont orientés, chaque semaine dans de nouveaux camps en fonction de leur signature ou non pour un contrat de travail volontaire.

Pour en savoir plus, consultez l’article rédigé par une journaliste de la rtbf à son sujet ainsi que son journal en ligne