Arnaud Charon

Rencontre avec Arnaud Charon – 3 mai 2015

charon_seulAprès Donald Buyse, c’est au tour d’Arnaud Charon, jeune historien de nous rendre visite. Actuellement, il prépare sa thèse de doctorat sur les déportations de civils de la Première Guerre mondiale en travaillant aux Archives générales du Royaume. Nous l’avions déjà rencontré aux AGR où il nous a guidé dans les méandres des archives sur les déportés civils. Ensuite, il est venu à Lessines assister à notre balade contée sur la Grande Guerre. Nous avons alors souhaité l’interviewer pour en savoir plus sur ses études, la façon dont il effectue ses recherches mais aussi évidemment sur les déportations de civils durant la Grande Guerre.

Adélie – Pourquoi avoir choisi d’entamer une thèse sur la première guerre mondiale, et en particulier sur les déportations de civils ?

Arnaud Charon – En réalité, au début, je ne l’ai pas vraiment choisi. Ce sont les promoteurs de notre projet qui ont monté l’idée et qui ont demandé un subside auprès de la politique scientifique fédérale. Il y a donc eu un appel à candidature, j’ai postulé et j’ai été engagé, d’autant plus que j’avais déjà travaillé sur la Première Guerre mondiale. Donc au début, je ne connaissais pas vraiment le sujet mais évidemment je me suis très vite plongé dedans. Dès que j’ai commencé, j’ai tout de suite accroché au sujet car c’est vraiment un sujet passionnant. J’espère que vous vous en êtes rendus compte au fil de l’année. C’est Michaël Amara (chef du Service Archives contemporaines aux AGR) qui a, en partie, monté le projet. C’est un sujet qui lui était resté dans la tête depuis un bon moment parce que, finalement, on ne connait pas grand ’chose des déportations. Les derniers travaux datent des années 1920 et il était temps de renouveler la recherche.

Guillaume – Pouvez-vous expliquer en quoi consistent exactement vos recherches ? Quels types de sources regardez-vous ? Pour répondre à quelles questions ?

Le projet de recherche vise à étudier l’impact de la première guerre mondiale sur la société belge en 14-18 et jusque dans les années 30-40 à travers trois groupes sociaux particuliers : les anciens combattants, les résistants et les collaborateurs et les déportés. C’est le dernier groupe que j’étudie. J’essaie de voir comment, finalement, ce groupe particulier des déportés s’est formé après la guerre, comment il agit sur la société, quels sont les impacts qu’ils ont eu, pourquoi pas, sur l’appareil législatif… Il ne faut pas oublier qu’en 1919 apparaît le droit de vote universel masculin. Est-ce que ce groupe particulier, grâce au suffrage universel, a eu un impact au niveau du Parlement ? Et donc voir aussi à travers les fédérations locales ou nationales qu’ils ont formées par la suite comment ils ont agi sur la société : quels ont été leurs combats, leurs actions ?

Concernant les sources, Jens Thiel s’est plutôt basé sur l’organisation administrative des déportations. En fait, notre projet s’appelle «  The Great War from below », littéralement la guerre d’en bas. Donc on va étudier surtout les sources personnelles, comme par exemple tous les dossiers qui ont été introduits après la guerre pour les indemnisations. Ça me permet d’étudier « au cas par cas » la déportation, bien sûr je ne vais pas savoir prendre en compte les 120 000 déportés mais essayer de voir vraiment comment la déportation et l’après-guerre ont été vécues par ces personnes.

Marion – Comment définissez-vous « le déporté civil » ?

C’est une question qui peut paraître relativement simple mais qui est assez compliquée parce qu’on n’a pas de définition légale. En fait, les lois sur les réparations des victimes civiles, les annales parlementaires, etc. ne donnent pas de définition claire sur ce qu’est un déporté de la Première Guerre mondiale. Evidemment, le problème est d’essayer de trouver une définition qui corresponde à la réalité de 14-18 tout en sachant que les termes ont été connotés par rapport à la deuxième guerre mondiale. Le déporté de la 1ère GM n’a pas le même sens qu’un déporté de la 2ème GM. Mais en gros, ce serait une personne qui a été déplacée sous la contrainte le plus souvent pour travailler pour l’occupant. Dans le cas de la déportation économique, ce serait un homme âgé entre 18 et 55 ans, parfois moins, parfois plus, qui a un profil d’ouvrier. Mais évidemment, il y a plusieurs types de déportations et donc différentes définitions. Il y a la déportation économique qui généralement est une déportation en Allemagne. Il y a la déportation, que j’appelle, pour intérêts militaires : ce sont des personnes qui sont envoyées vers le front français pour faire des travaux qui touchent à la guerre. Et un troisième type de déportation, c’est la déportation « judiciaire » qui est une déportation qui fait suite à une condamnation pour actes divers : actes de résistance, actes patriotiques, … La définition du déporté civil dépend donc du type de déportation que le civil a subi.

Jolan – Pourriez-vous estimer le nombre de déportés qui sont morts en déportation et des suites de la déportation ?

Le chiffre officiel est 2614. Je crois qu’il y a eu plus de déportés décédés que ce que les chiffres officiels donnent, tout simplement parce que les chiffres officiels donnent le nombre de personnes qui sont décédées pendant la déportation. Mais certaines personnes sont décédées des suites de la déportation et donc pour ces personnes-là, la cause du décès est liée à la déportation, à l’expérience de guerre. Effectivement, je pense qu’il y a eu plus que 3000 morts mais, pour l’instant, je suis incapable de donner un chiffre.

Robin – Certains Allemands considéraient que les déportations étaient des conséquences du blocus britannique. Qu’en pensez-vous ?

C’est un peu tiré par les cheveux parce que le blocus britannique, pour moi, n’a rien à voir avec les déportations. Parce que les déportations, c’est quoi ? La guerre s’enlise, ce n’était pas prévu, les états-majors avaient planché sur une guerre rapide de deux ou trois mois. On se rend compte aussi que maintenant la guerre change. Les batailles coutent énormément en hommes, on est dans une guerre industrielle, il faut produire énormément. On a besoin d’hommes sur le front et dans les usines. Beaucoup d’hommes quittent l’Allemagne pour s’enrôler dans l’armée, pour aller combattre. Parallèlement, il y a beaucoup de réquisitions en Belgique et il y a beaucoup de chômage. Il y a là toute une masse de population qui pourrait servir à l’industrie de guerre allemande. Voilà pourquoi avaient lieu les déportations. Le blocus britannique n’a pas vraiment de lien avec les déportations, même si cet argument a été utilisé par les Allemands pour justifier en partie les déportations.

Adélie – Quelles institutions étaient chargées des déportations ? Pouvez-vous expliquer ?

C’est l’armée allemande dans sa globalité qui s’occupait des déportations. C’est le commandement en chef de l’armée allemande qui a fait pression sur les autorités civiles, parallèlement à l’insistance des industriels allemands, qui ont poussé les autorités à décider des déportations. Concrètement, c’est l’armée allemande qui s’en chargeait.

Jolan – Des déportés ont-ils réussi à s’enfuir des camps ?

Je suis tombé sur un dossier de la commission centrale où la personne écrivait qu’elle avait signé un contrat de travail pour pouvoir s’évader. Evidemment, il faut replacer ça dans le contexte. Ces dossiers ont été écrit dans le but d’avoir une indemnisation donc est-ce qu’il se défend ou pas ? C’est une question qu’on doit se poser. Mais oui, je pense qu’il y a eu des personnes qui se sont échappées. Il y avait un réseau qui venait en aide aux évadés donc pourquoi pas aux déportés ? Mais maintenant, je ne peux pas plus y répondre car je n’ai pas encore vu de cas particuliers.

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Marion – Pouvez-vous situer la place de Lessines dans le phénomène de la déportation de la Première Guerre mondiale ?

Je me suis amusé à retaper toutes les statistiques existantes dans un fichier Excel, c’était très amusant à faire (rires) ! Pour étudier d’une manière efficace ces statistiques, j’ai encodé sur Excel, à partir des données du recensement de 1910, le nombre d’habitants (population totale et masculine) pour chaque ville touchée par les déportations. J’ai à chaque fois calculé le pourcentage des déportés par rapport à la population totale et masculine. Ca a pris beaucoup de temps mais suite à ces calculs, j’ai pu conclure que Lessines est dans le top 10. Elle se trouve à la huitième place. Un quart de la population masculine a été déporté : c’est énorme !

Lessines fait partie de la province du Hainaut qui est une des deux provinces les plus touchées par la déportation, l’autre étant la Flandre Orientale. Je vais très certainement reprendre Lessines dans ma thèse.

Marion – Savez-vous pourquoi le Hainaut a été une province particulièrement touchée ?

Parce que, tout simplement, le Hainaut se situait d’abord dans le Gouvernement général, et puis elle est passée dans la zone des étapes donc on a continué à déporter des hommes pour aller dans la zone du front. Ce qui porte à 34 465 le nombre de déportés pour le Hainaut. Par rapport à Namur par exemple, où des personnes sont, à priori, -je m’avance peut-être un peu- uniquement envoyées en Allemagne, ici on a des personnes qui sont envoyées et en Allemagne et dans le Nord de la France. Cela relève tout de suite les chiffres…

Guillaume – Qu’est-ce que vous allez faire maintenant de ces statiques ?

Je vais premièrement définir un échantillon, c’est très important quand on étudie toute la Belgique. Cet échantillon doit être défini d’une manière scientifique et doit en tous cas être irréprochable. Je ne peux pas me dire : je vais étudier cette ville car ça me semble bien, non. Ça doit être représentatif de plusieurs critères. L’échantillon doit être basé sur une répartition équilibrée entre la zone des étapes et le gouvernement général, entre la Wallonie, Bruxelles et la Flandre, entre les zones industrielles et les zones rurales. Tout au début, je comptais étudier les 5 communes les moins touchées et les 5 communes les plus touchées par arrondissement judiciaire pour toute la Belgique, mais ça ne sera pas possible. Ces statistiques me permettent de construire mon échantillon de manière scientifique et impartiale. C’est quand même la base de mon étude : si la base est bancale, ça ne va pas. Il y aurait de quoi critiquer.

Robin – Pensez-vous que l’on peut faire un lien entre les déportations de 14-18 et celles de la Seconde Guerre mondiale ?

Il n’y a pas de lien en tant que tel car ce sont des déportations qui sont radicalement différentes, même si c’est à nuancer évidemment. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, c’est une déportation qui est surtout raciale, ethnique, idéologique. Alors qu’en 14-18, on a besoin d’hommes et donc on déporte ceux qui sont capables de travailler. C’est une déportation qui est essentiellement sur base économique contrairement à celle de la Seconde Guerre mondiale, même si on trouve également du travail forcé en 40-45. Pour cette raison, les liens ne sont pas si évidents à faire. Mais on pourrait étudier les liens qu’il y a entre la politique de travail dans les territoires occupés durant la 1re et la 2nde Guerre mondiale (avec le S.T.O en 40-45 pour la France, par exemple). Il serait intéressant de voir en quoi l’expérience de la Seconde Guerre mondiale a retenu les leçons ou pas de l’expérience de la Première Guerre mondiale. Par exemple, tiennent-ils compte de l’échec de la politique de travail dans les territoires occupés pour améliore le système ou pas ? Tous ces liens demandent une analyse approfondie et sont à nuancer.

Adélie – Pouvez-vous nous dire quelles sources permettent d’étudier les déportations de la 1ere Guerre Mondiale ?

Il y a plusieurs fonds d’archives. Tout d’abord nous avons la Commission d’enquête sur la violation des règles du droit des gens, des lois et des coutumes de guerre. Ces archives sont conservées aux archives générales du Royaume, et elles reprennent, par commune, des listes de déportés, les listes que vous avez consultées. Elles sont très utiles parce qu’on connait, par commune, les gens qui ont été déportés. Si on fait des recherches particulières sur ces gens, on connait déjà leur nom, prénom, l’âge, la date de déportation, etc.… On a déjà des renseignements sommaires sur eux. J’ai des personnes qui me contactent pour des recherches généalogiques ou ce genre de choses, et ce sont parfois les seules traces qu’on a d’une personne concernant sa déportation, en tout cas pour les sources qui sont conservées aux Archives générales du Royaume. Deuxièmement, nous avons la Commission centrale des déportés réquisitionnés et prisonniers civils, où là, c’est une Commission qui a été créée en 1919 et qui était censée faire une enquête sur la situation des déportés en 14-18 en vue des indemnisations et d’améliorer la loi sur les réparations. Ce sont des questionnaires de huit pages relativement détaillés qui sont extrêmement intéressants. Malheureusement, on n’en possède que 30 000 sur les 120 000 déportés. Troisièmement, on a le « Fond de l’avocat Jacques Pirenne », archives que vous avez consultées, où il y a plus ou moins 50 000 dossiers de déportés. En fait, Jacques Pirenne était l’avocat de la Fédération nationale des déportés. Il a mené un procès contre l’Allemagne à Paris dans les années 20 dans le cadre du tribunal arbitral mixte germano-belge. Pour ce procès, il a rassemblé tous ces dossiers où on peut trouver dans chacun d’eux des informations relativement sommaires même si on a des informations plus détaillées par rapport à ce qu’on trouve dans la Commission d’enquête. Le quatrième grand fond qui permet d’étudier les déportations des civils se trouve au Service des victimes de guerre. Ce sont les dossiers introduits par les victimes civiles, dont les déportés, après la guerre. Ces dossiers contiennent les jugements rendus par les tribunaux de dommages de guerre. Dans ces dossiers, on trouve aussi des expertises médicales, des témoignages écrits. Enfin, Il y a aussi les sources des particuliers. Vous avez eu l’exemple avec les journaux de guerre, la correspondance, ce genre de sources qui sont difficilement accessibles puisque forcément elles ne sont pas répertoriées, ce qui est vraiment dommage parce que ce sont les sources les plus riches, car dans un journal de guerre, la personne écrit ce qu’elle est, ce qu’elle vit, ce qu’elle ressent.

Adélie – Pourquoi l’empereur Guillaume II a-t-il fini par signer un décret qui met fin aux déportations en 1917 ?

Guillaume II et certains politiques se rendent compte assez rapidement que la déportation est un échec du point de vue du travail effectué car finalement c’est une main d’œuvre qui ne se révèle pas très efficace. Pour ça, Guillaume II a décidé de mettre fin aux déportations. Mais il y a d’autres raisons aussi : les déportations ont suscitées une énorme vague de protestations internationales « sans précédent ». C’est, par exemple, une des nombreuses raisons pour laquelle les Etats-Unis sont entrés en guerre. L’Allemagne était déjà affaiblie d’un point de vue international au niveau diplomatique par l’invasion de la Belgique et là elle viole, une fois encore, les Conventions de La Haye. La question a également divisé l’Allemagne : au sein de l’Eglise il y avait des évêques qui étaient pour, d’autres contre. A la base, l’empereur n’y était pas favorable, tout comme Moritz Von Bissing, le Gouverneur général de la Belgique occupée. Donc l’empereur s’est dit : c’est un échec, on va arrêter là, ça ne sert à rien, on sort trop affaibli de cette situation. Néanmoins, ce décret met fin uniquement aux déportations depuis le Gouvernement Général, les déportations de la Zone des Etapes ont continué jusqu’à la fin de la guerre.

Marion- Comment expliquez-vous aujourd’hui que malgré qu’il y ait beaucoup de rues de déportations un peu partout, cet épisode historique est peu connu, y compris des historiens ?

C’est une très bonne question. Je crois qu’on a eu un effet 40-45 qui a pris le dessus. Evidemment, les victimes de la 1ere Guerre Mondiale sont décédées avant celles de la Seconde Guerre. Certaines victimes de 40-45 sont encore vivantes. Donc dans la mémoire collective de la société, quand on pense aux déportations, on pense beaucoup à 40-45 parce que justement on a encore les victimes, même notre génération en connait encore, alors que les victimes de la 1ere Guerre Mondiale, nous ne les connaissons plus. Je pense que la 2eme Guerre Mondiale a occulté un peu la 1ere Guerre Mondiale. C’était une échelle de monstruosité différente aussi. C’était un phénomène quand même très particulier, la Second Guerre Mondiale, qui a occupé les débats pendant des dizaines d’années. Les historiens ont finalement commencé à se réintéresser à la 1ere Guerre Mondiale dans les années 80, mais toujours en suivant les courants historiographiques. A l’époque c’était encore une histoire socio-économique etc. Dans les années 90 on a commencé à s’intéresser aux populations civiles, mais finalement on a toujours fini par passer à côté des déportés, on ne connait que ce que Passelecq en a écrit dans les années 20, que les historiens ont toujours réutilisé. Par exemple Sophie De Schaepdrijver, qui a écrit un ouvrage remarquable et synthétique sur la 1ere Guerre Mondiale en Belgique, parle de la déportation mais ce n’est qu’une toute petite partie de son ouvrage, elle ne développe pas plus. Il n’y a pas vraiment eu d’intérêt pour les déportés depuis le projet qui a reçu les subsides, sauf du côté allemand avec la thèse de Jens Thiel, qui, lui, est un précurseur. En fait, on ne connait plus vraiment les déportations depuis Passelecq. Il a écrit une bonne synthèse mais qui commence à être dépassée.

Robin – Pensez-vous que la déportation de la 1ere Guerre Mondiale est sous-représentée, voire trop sous-représentée ? Comme vous l’avez dit, on entend bien plus parler de la 2eme Guerre Mondiale…

Le programme scolaire est tel que vous avez à peine le temps de survoler la 1ere Guerre Mondiale, sauf avec ce que vous avez fait ici, et donc on a encore moins le temps d’évoquer les déportations, c’est quelque chose qu’on ne fait pas, mais c’est quelque chose dont on reparle un petit peu avec toutes les commémorations, tous les documentaires qu’il y a eu sur la RTBF, etc. On en a un petit parlé, mais ça reste très peu. C’est anecdotique car on ne connait pas encore vraiment ces déportations. On les connait par Passelecq mais on les a oubliées… On verra ce que ça donnera en 2016, car là, ce sera le 100eme anniversaire, on verra si les médias en parleront ou pas.

Jolan – Comment décririez-vous le métier d’historien ?

Je compare toujours un peu l’histoire à un jeu de piste : on a un sujet, on veut chercher des informations, on en trouve à tel endroit et puis d’autres portes s’ouvrent. Il y a une multitude de questions et une multitude d’endroits où on peut aller chercher pour trouver ces réponses. Parfois ça peut être pénible de devoir se déplacer à différents endroits mais après, il y a une réelle satisfaction d’avoir trouvé. C’est cela qui fait la beauté de la recherche aussi !

Cela passe aussi par la critique des sources. Par exemple, si on a une personne, si on veut vérifier qu’elle a bien existé, il suffit de retrouver sa date de naissance, son extrait d’acte de naissance. Il y a d’office moyen de retrouver des traces de certaines personnes, ne fût-ce que dans les recensements de population. Confronter les sources à des sources a priori plutôt fiables comme les sources judiciaires (ex : les dossiers aux Victimes de guerre) est une tâche aussi importante pour l’historien.

L’histoire, c’est aussi une science humaine, une science qui est en évolution perpétuelle. On peut toujours retrouver un fonds d’archives qui amène de nouveaux éléments, et donc qui permet d’apporter un nouvel éclairage qui nuance ce qui a été écrit.

Tous les élèves – Faire de l’histoire, on trouve que cela nécessite beaucoup de recherches pour trouver parfois peu d’informations. Pas facile de garder toujours la motivation. Mais quand on travaille sur des personnages précis, ça commence à devenir passionnants. Petit à petit, on recolle toutes les pièces du puzzle, c’est là où on a une petite satisfaction.

C’est vrai que, quand on travaille sur quelqu’un en particulier, on s’attache. Pour mon mémoire, j’avais analysé le journal de guerre d’un médecin de la 1ere Guerre Mondiale et forcément, à force de retaper son journal, parce que je l’ai retapé entièrement pour travailler dessus, on se prend aussi, quand il y avait un moment de batailles, j’étais pris, je retapais et je voulais savoir la suite. Ce que j’avais vraiment bien aimé, c’est qu’au final, c’était quelqu’un qui a eu une vie bien remplie, il avait fait pleins de choses, et personne n’en avait parlé. C’était un inconnu et grâce à son journal, on fait un peu revivre la mémoire de cette personne.

Marion – Que pensez-vous de notre site ?

Le site est vraiment bien fait, vous avez fait du bon boulot !

Après cette rencontre avec Arnaud Charon, nous en savons maintenant beaucoup plus sur les déportations mais aussi sur le métier d’historien et d’archiviste. Nous le remercions de nous avoir accordé de son temps, d’avoir porté un intérêt à notre projet ainsi que pour sa gentillesse. Nous savons maintenant à quel point il faut consacrer de son temps et de son énergie lorsqu’on entreprend des recherches historiques.

Adélie, Guillaume, Jolan, Marion, Robin, élèves de 5e option histoire et leur professeur Alexandra Leroy (Athénée royal René Magritte de Lessines)